Carrefour franchit une nouvelle étape dans sa transition numérique en annonçant la suppression définitive des prospectus papier dès le 31 mars. « Fini le gaspillage papier : nous n’enverrons plus de catalogues à nos clients. Depuis 2022, tous nos catalogues sont accessibles en ligne, via notre site, l’application Carrefour, ainsi que par e-mail et WhatsApp. Cette démarche permet d’économiser 15 000 tonnes de papier par an, avec des économies réinvesties pour offrir de meilleurs prix à nos clients », a déclaré Alexandre Bompard, PDG du groupe, sur son compte LinkedIn.
Cette annonce n’a pas tardé à faire réagir les acteurs du secteur de l’imprimé publicitaire. Le Cercle d’Alliés, un collectif rassemblant les professionnels liés au papier et à la communication imprimée, a publié une lettre dénonçant une décision qu’il juge précipitée et infondée d’un point de vue environnemental.
Selon le Cercle d’Alliés, l’arrêt des prospectus ne signifie pas une réduction de la publicité, mais un transfert vers le numérique, dont l’impact environnemental est loin d’être neutre. « L’ADEME a récemment indiqué qu’il est impossible de conclure qu’un moindre recours au papier et un usage accru du numérique seraient moins polluants », souligne le collectif, en citant un rapport publié en octobre 2024 sur l’expérimentation Oui Pub.
Le collectif pointe également des risques économiques, en particulier la concentration des budgets publicitaires au profit des géants du numérique (Google, Meta, Amazon) et des plateformes asiatiques (Shein, Temu, AliExpress), au détriment des acteurs locaux et de l’emploi en France. En 2024, la publicité digitale en France a généré 10,97 milliards d’euros de recettes, dont 79 % sont captés par ces plateformes.
L’impact environnemental du numérique est souvent sous-estimé, rappelle le Cercle d’Alliés. Entre 2005 et 2022, l’industrie papetière française a réduit de moitié ses émissions de gaz à effet de serre, et le taux de recyclage du papier graphique atteint 76,2 % en 2023. À l’inverse, la pollution numérique ne cesse d’augmenter : en 2022, 62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été produites dans le monde, soit une hausse de 82 % depuis 2010.
Alors que la généralisation du dispositif Oui Pub semble s’éloigner en raison de résultats mitigés, le passage au tout-numérique pose des défis environnementaux et économiques considérables.
Le Cercle d’Alliés rappelle que les prospectus restent un levier essentiel pour le commerce, en particulier pour les magasins de proximité. Selon une étude Toluna Harris Interactive (2024), 58 % des Français font confiance aux prospectus papier et 55 % estiment qu’ils les aident à mieux gérer leur budget.
Plusieurs enseignes européennes ayant tenté de supprimer les catalogues papier ont finalement fait marche arrière. Lidl, après une expérimentation au Royaume-Uni en 2014, a réintroduit les dépliants dès 2016. En Allemagne, les drogueries Müller et le discounter Mäc-Geiz ont rapidement renoué avec les prospectus. Aux Pays-Bas, le distributeur Jumbo a renforcé la distribution de ses brochures en 2023.
Plutôt qu’un abandon total du papier, le Cercle d’Alliés plaide pour un modèle mixte, combinant imprimé et numérique de manière optimisée. Parmi les solutions proposées :
Le collectif appelle ainsi à un dialogue constructif avec les distributeurs afin de trouver des solutions viables, conciliant efficacité économique et respect de l’environnement.
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